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En Alsace, un laboratoire de l’après-pétrole

En Alsace, un laboratoire de l’après-pétrole (Le Monde)

 
http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/02/en-alsace-un-laboratoire-de-l-apres-petrole_1812011_3244.html

édition du 3 janvier 2013 – Centrale solaire, filière bio, lien social… Ungersheim multiplie les projets fondés sur l’écologie et l’économie solidaire
Ungersheim (Haut-Rhin) Envoyé spécial

Au pied du terril végétalisé de l’ancienne mine Marie- Louise, face au chevalement en ruine du puits Rodolphe – un des derniers grands vestiges de l’épopée de la potasse -, se dresse, à Ungersheim (Haut-Rhin), la plus grande centrale solaire d’Alsace. D’une puissance de 2,2 mégawatts (MW), Helioparc 68 a été mise en service le 27 décembre 2012.  » Sa production est équivalente à la consommation énergétique de 800 foyers « , explique Jean-Claude Mensch, maire depuis 1989 de ce village de près de 2 000 habitants.

La ministre de l’écologie, Delphine Batho, l’a rappelé le 31 décembre : 2013 sera  » l’année de la transition énergétique « , visant à réduire la dépendance du pays à l’égard du pétrole et du nucléaire. Mais si le débat doit se poursuivre pendant des mois, à Ungersheim, village  » en transition « , on prépare déjà l’après-pétrole.

Ancien mineur délégué CGT de 66 ans reconverti à l’écologie, M. Mensch est  » l’initiateur, le facilitateur et l’accompagnateur  » de cette revitalisation d’une friche industrielle. Lassé par les discours sans suite des politiques, il a mené ce projet, avec son collègue du village voisin,  » au nez et à la barbe «  de la communauté de communes de l’agglomération de Mulhouse.

Exploitée par une petite entreprise qui verse un loyer à la commune, la centrale solaire fait partie des  » 21 actions pour le XXIe siècle  » engagées depuis 2008  » pour le développement d’une économie locale et fraternelle « . Cette démarche en faveur d’un  » développement soutenable «  conjuguant l’économie, l’écologie et le lien social a été élaborée lors des réunions du conseil participatif regroupant des élus et des habitants de la commune.

Connu en Alsace comme lieu d’implantation d’un écomusée en plein air de l’habitat rural et du Bioscope, un parc de loisirs consacré à l’environnement qui a fait faillite, Ungersheim s’affiche désormais comme un village écolo.  » Cela ne se voit pas sur les toits des maisons « , reconnaît le maire. Pas encore. Mais il y aura des panneaux solaires sur les trente maisons de l’éco-hameau, un projet de quartier innovant,  » ni bobo ni ghetto « . Dans ce lotissement, construit en autopromotion, la voiture sera proscrite et les jardins partagés. Il sera raccordé à la chaufferie à bois qui alimente déjà sept bâtiments communaux.

La piscine municipale est chauffée grâce à des panneaux solaires, l’installation d’un éclairage public moins énergivore a permis de faire des économies. Et la commune vient de reprendre le contrôle de la distribution et de l’assainissement de l’eau.  » Notre tarif est maintenant inférieur de 5 % à 20 % à celui des communes affermées à un groupe « , se félicite le maire

Pour avancer vers l’autonomie énergétique, M. Mensch veut faire construire une centrale à biomasse pour la production de méthane à partir de déchets agricoles et forestiers.  » Nous ne cherchons pas à devenir un village autarcique, replié sur lui-même, mais à aller vers un autre mode de vie. « 

Cela passe aussi par l’autonomie alimentaire, l’autre cheval de bataille de Jean-Claude Mensch. Se servant des leviers que possède un maire, notamment la maîtrise foncière, il a acheté un champ de céréales de 8 hectares pour le mettre à disposition d’une association de réinsertion employant 30 personnes, les Jardins du Trèfle rouge, une exploitation maraîchère bio qui alimente la cantine scolaire et fournit des paniers de légumes en circuit court.

Cette filière bio va être développée avec la construction d’une ferme alsacienne consacrée au maraîchage. Elle sera le siège d’une coopérative d’intérêt collectif et abritera une conserverie pour les légumes en surplus, une microbrasserie et un centre de formation. Jean-Claude Mensch veut ainsi dynamiser l’économie locale. Il a quitté les Verts, ses compagnons de route, qu’il juge  » jusqu’au-boutistes « .  » On ne peut pas parler de la biodiversité à une population en difficulté économique. Il faut d’abord s’occuper des gens « , estime-t-il.

Une bonne partie de la population reste circonspecte ou récalcitrante face aux projets du maire. Ainsi, la boulangerie installée en face de la mairie ne s’est pas convertie au bio.  » C’est trop compliqué et il n’y a pas de demande « , affirme la patronne. Elle n’utilisera pas non plus la monnaie locale, que le maire veut lancer l’année prochaine pour favoriser les produits et les emplois de proximité.

Bastion rouge pendant l’exploitation des mines, Ungersheim vote désormais à droite, comme presque partout en Alsace. Sauf aux municipales. En 2008, le maire, officiellement sans étiquette, a été réélu massivement pour un quatrième mandat.

La transition en marche à Ungersheim est incarnée par Richelieu, le cheval de trait dont l’attelage a remplacé le minibus scolaire à la pause de midi. Richelieu est devenu le personnage le plus célèbre d’Ungersheim – après le maire, surnommé  » le Robert Redford du bassin potassique « .


En Alsace, un village « en transition » prépare l’après-pétrole

 

Publié le 12 décembre 2012. dans le 20 Minutes

 

http://www.20minutes.fr/article/1062737/alsace-village-en-transition-prepare-apres-petrole

Chaufferie à bois, panneaux solaires, cantine « 100% bio » et espaces verts sans pesticides: le village d’Ungersheim (Haut-Rhin), « en transition » vers l’autonomie énergétique et alimentaire, fonctionne au quotidien comme un laboratoire de l’après-pétrole.

Lassé par « l’inertie et les beaux discours » des politiques, le maire de cette commune de 2.000 âmes proche de Mulhouse multiplie les projets écologiques.

« Un maire peut avoir beaucoup de leviers dans la contribution pratique », relève Jean-Claude Mensch, qui dirige sa commune depuis 1989. « Le fait de passer à la transition, ça évite de trop parler d’écologie ».

Sous l’impulsion de ce mineur retraité de 66 ans, fidèle compagnon de route des Verts mais élu sans étiquette, Ungersheim a entamé sa « reconversion » au début des années 2000 en faisant la chasse aux énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon).

Désormais, l’éclairage public est moins énergivore, la piscine municipale est chauffée par des panneaux solaires et plusieurs bâtiments municipaux sont alimentés par une chaufferie à bois.

Le recours à la biomasse ayant fait ses preuves, la mairie envisage maintenant de relier cette chaudière à un futur lotissement voisin, pour avancer un peu plus vers l’autonomie.

Autre mesure forte, le désherbage des espaces verts, du cimetière ou encore du terrain de foot se fait sans pesticides. « On fait tout à la main! », s’amuse David, un des employés communaux.

En plus des espaces verts, le jeune homme est affecté à une mission bien spéciale: c’est lui qui, tous les midis, assure une partie du ramassage scolaire… en calèche.

En 2008, le conseil municipal s’est offert un cheval, « Richelieu », et du matériel d’attelage, pour quelque 20.000 euros. L’objectif: assurer la desserte du midi pour une vingtaine d’enfants vivant loin du centre-ville, dont les parents sont les plus susceptibles de prendre leur voiture.

« On change de trajet tous les jours pour faire plaisir à tout le monde, les enfants sont ravis », raconte David, tandis que les écoliers viennent caresser Richelieu.

Devenu la coqueluche du voisinage, l’étalon assiste également les employés communaux pour l’élagage et les travaux d’arrosage. Parfois, la commune le prête aussi aux « Jardins du Trèfle Rouge », une exploitation maraîchère « bio » à la sortie du village.

L’autre cheval de bataille d’Ungersheim est en effet d’offrir une « alimentation saine pour tous », via l’agriculture biologique.

Pour y parvenir, la mairie a racheté un terrain de 8 hectares et l’a mis à disposition d’une association employant une trentaine d’ouvriers maraîchers en réinsertion.

Les légumes sortis du Trèfle Rouge atterrissent tout droit dans les assiettes de la cantine, offrant aux enfants une alimentation 100% bio. « Goûter inclus! », précise le maire avec fierté.

Une bonne partie de la population reste cependant circonspecte face à un tel dynamisme. « Leur soutien n’est pas toujours évident, ils sont parfois un peu récalcitrants », admet le président d’une association locale, Serge Heckmann. « Mais si on ne prend pas d’initiatives, personne ne le fera ».

Ce volontarisme politique s’est traduit par l’implantation à Ungersheim de la plus grande centrale solaire d’Alsace (40.000 m2), dont la mise en service est prévue le 31 décembre.

Après avoir racheté une friche industrielle de 6 ha, la ville a lancé un appel d’offres pour y attirer un entrepreneur spécialisé dans le photovoltaïque.

Une société basée à Mulhouse va transférer son siège social à Ungersheim, payer un loyer à la ville et vendra au réseau ERDF « une production équivalant à la consommation énergétique de 800 foyers », selon M. Mensch.

Ce maire hyperactif a encore des projets plein la tête. Tandis qu’il réfléchit à la création d’une unité de méthanisation, pour assurer une réelle autonomie énergétique, il tente d’attirer de futurs habitants avec la mise en place d’un éco-hameau constitué de « maisons passives » (qui ne consomment que l’énergie produite localement).

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